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Podcast Signs of the Times
10 avril 2007
Traduction Jérôme Louvel, Henri R., Caroline V.

Joe

Bienvenue, à nouveau, sur un autre podcast de Signs-of-the-Times. Cela fait longtemps...

Henry

Très longtemps...

Joe

Pas loin de six mois, je crois. Nous avons pris une petite période sabbatique, mais nous n'avons pas chômé pendant ce temps-là, et... nous allons donc reprendre les podcasts à partir d'aujourd'hui, et sur une base hebdomadaire régulière. Cette semaine, ce sont moi, Joe, et...

Henry

... et Henry.

Joe

Et cette semaine, nous allons prendre un pied différent. Parce que, par le passé, les podcasts ont été majoritairement basés sur ce que nous lisions sur le Web. Mais cette semaine, nous avons eu le plaisir d'obtenir notre propre exemplaire de USA Today, qui vient d'atterrir sur le pas de notre porte. Nous allons donc le parcourir un peu, afin de, disons... afin de lire ce à quoi ont été soumis les lecteurs et le grand public aux Etats-Unis pendant ces dix dernières années.

Henry

Nous traitons abondamment de la programmation mentale qui a lieu, et nous passons de longs moments sur Internet à la recherche d' articles d'actualités. Mais nous n'allons pas voir du côté d'endroits comme USA Today. Nous ne regardons pas Fox News. Et ça a été un choc, même pour nous, de constater le niveau auquel sont tombés les médias aux Etats-Unis.

Joe

Assurément. Et... je ne sais pas. Les mots... les mots me manquent lorsque j'essaie de décrire ça. Permettez-moi de jeter un oeil dans le journal. Et... OK, donc... tout le monde doit savoir ce qui se passe dans le monde en ce moment, en Iraq en particulier.

Henry

Et en Iran.

Joe

En Iran, la récente crise des otages dont nous avons parlé et à propos de laquelle nous avons écrit sur le site de Signs-of-the-Times. A l'heure où nous parlons, le monde est dans un piètre état, et la faute en revient au gouvernement des Etats-Unis, au gouvernement britannique, au gouvernement israélien...

Henry

Et n'oublions pas ce qui se passe en Palestine, même si les informations n'en parlent pas pour l'instant.

Joe

Ils sont bien pris là-bas, comme ils l'ont été ces six dernières années, et personne ne s'en soucie plus vraiment. Mais vous savez, ça continue. C'est... c'est assez terrible. Donc...

Henry

Pour ne pas parler des météorites...

Joe

En effet.

Henry

Du changement climatique.

Joe

Oui. La cerise sur le gâteau...

Henry

La cerise sur le gâteau.

Joe

Juste au cas où vous commenceriez à espérer, il y a toutes ces météorites. Donc, en gardant ça à l'esprit, que pensez-vous qu'USA Today, dans l'édition de ce week-end...

Henry

Dans l'édition du week-end de Pâques.

Joe

... Oui, du week-end de Pâques. Des 6, 7 et 8 avril 2007. En gardant tout ça à l'esprit, qu'est-ce qu'USA Today révèle aux Américains en première page ? Je vais vous en faire la lecture... Tout en haut, vous avez les Hommes de l'été. Je ne sais pas ce que c'est : Henry, peux-tu nous dire ce que sont les Hommes de l'été ?

Henry

Les Hommes de l'été...

Joe

Il y a la photo d'un type avec une casquette de base-ball.

Henry

Oui. Les Hommes de l'été ce sont les joueurs de base-ball, et le base-ball dans la mythologie des Etats-Unis. Bien que, ces dernières décennies, le football[1] ait prit le rang de sport national, et aussi le basket, pour une certaine partie de la population. Mais le base-ball a toujours été regardé comme le sport des Etats-Unis par excellence, et les joueurs de base-ball comme... comme le summum du mâle américain.

Joe

Bien, mais pour moi le base-ball est... disons que je le vois juste comme une variété américaine de cricket, et comme vous vous fichez bien de ce que je pense du cricket et des gens qui y jouent, nous en resterons là. Mais bon. C'est en haut et à gauche. Et au beau milieu de la première page de cette édition d'USA Today, nous avons, surprise surprise : « Les athlètes font comme les stars, et s'offrent les meilleurs agents »

Henry

Et la photo qui va avec est formidable, parce qu'elle montre l'emblème « Hollywood », que tout le monde connaît sur ces collines qui surplombent Hollywood, parsemé de photos de héros du sport.

Joe

De héros du sport. De héros, oui... Il y a là David Beckham, l'Anglais, et des tas d'autres gens que je ne connais pas du tout. Et puis aussi – bon, mais ça prend la plus grande partie de la première page – il y a un tas d'autres petites choses. Il y a un entrefilet qui parle des ex-captifs britanniques en Iran, et puis un autre à propos de la FAA.

Henry

Un titre assez gros sur la sûreté des pistes d'atterrissage.

Joe

Oui, les collisions sur les pistes...

Henry

Quand on pense à tous les problèmes qu'on rencontre lorsqu'on voyage aux Etats-Unis, avec ces fouilles à corps fascistes... Est-ce que les collisions sur les pistes sont vraiment le plus gros problème des voyages aériens en Amérique à l'heure actuelle ?

Joe

Non. Certainement pas. Etre fouillé à corps ou jeté en prison pour terrorisme est certainement en tête de la liste de vos préoccupations à ce sujet, mais bon. Voilà pour la une. Bien, donc...

Henry

Des friandises pour l'esprit.

Joe

Oui, vous pouvez vraiment penser de cette une d'USA Today qu'il ne se passe pas grand chose dans le monde, rien qui vaille qu'on s'en préoccupe.

Henry

Sauf qu'en bas, là, tu as un petit rappel...

Joe

Ah oui !

Henry

... rappel que le terrorisme est bien parmi nous.

Joe

Oui ! Ce petit entrefilet, là en bas. Trois personnes accusées de transporter des bombes. Des hommes accusés d'aider des terroristes à Londres. Ils nous refont donc le coup. Vous savez, le genre « On a trouvé quelques types, quelques suspects plausibles », juste pour faire prendre la mayonnaise, « Rappelez-vous Londres, rappelez-vous le 11 septembre, les terroristes sont là, qui nous guettent. » C'est juste là, comme un petit rappel. Mais les Américains qui lisent USA Today sont clairement encouragés à s'intéresser d'abord au sport. C'est ce qu'il y a de plus important dans le monde aujourd'hui.

Henry

Et puis c'est le week-end des Masters. C'était le week-end des Masters. Du golf.

Joe

Au fond, qu'est-ce que tu fais dans une situation comme celle-là ? Tu vois ce que je veux dire : le quidam moyen aux Etats-Unis, qui veut savoir ce qui se passe, pense sans doute que le sport n'est pas le commencement ni la fin de tout, qu'il pourrait y avoir quelque chose qui arrive de plus important. Eh bien, il voudra probablement aller en dernière page, la page de l'éditorial, pour avoir un résumé, un extrait de ce que la rédaction d'USA Today pense être important. Allons-y donc. Et nous voyons...

Henry

Ah oui, c'est vraiment ahurissant. L'éditorial entier de ce numéro d'USA Today se résume à définir les limites de ce qu'il est acceptable de débattre aux Etats-Unis.

Joe

Bien entendu, les gens ne sont pas capables de penser par eux-mêmes. Ils ne le peuvent pas. On ne devrait pas les autoriser à penser par eux-mêmes : on doit donc leur dire ce qu'il est juste de débattre.

Henry

Et on leur dit ce qui est acceptable, et ce qui ne l'est pas. Et aux Etats-Unis, « pas acceptable » veut dire « anti-américain. » Maintenant, ça n'est pas dit comme ça. Ça fait partie de ce lavage de cerveau fondamental qu'on inflige au public américain depuis des décennies. Donc là, sur la colonne de gauche, nous avons deux articles qui parlent du voyage en Iraq de John McCain. Et juste à côté, on nous fait part d'une petite dispute entre les Conservateurs et les Libéraux, comme on les appelle aux Etats-Unis : « Gonzales doit-il démissionner ou pas ? »

Joe

Oui. Je voudrais juste dire avant que nous parlions de cette histoire de McCain et de l'Iraq, à propos de l'article d'opinion éditorial d'USA Today sur « Gonzales doit-il démissionner ou pas ? »... C'est le parfait exemple de ce qu'Henry vient de dire à propos de la définition des limites du débat. Parce que le titre dit « Gonzales doit-il démissionner ou pas ? », les gens sont encouragés et amenés à croire que c'est là tout le débat. C'est : soit il doit être – lui, Gonzales, le Procureur Général des Etats-Unis – limogé, soit on doit lui permettre de rester. Voilà toute l'étendue de ce dont...

Henry

... voilà les limites du débat...

Joe

... de ce dont on l'incrimine pour ce qu'il a fait. C'est là noir sur blanc déjà dans le titre de l'article. Mais la réalité est que dans un monde de justice, où prévaut la justice et la vérité, et où les gens sont appelés à répondre de ce qu'ils ont vraiment fait et de ce dont ils se sont rendus coupables, dans ce monde ce ne devrait pas être « Gonzales doit-il démissionner ou pas ? »...

Henry

Mais « Gonzales doit-il encourir la prison à vie ou être fusillé ? »

Joe

Voilà. Ce devrait être...

Henry

... la peine capitale ou la prison à vie.

Joe

Voilà exactement où devrait se situer le débat. « La peine capitale ou la prison à vie. »

Henry

Que fait-on aux traîtres à la Constitution des Etats-Unis ?

Joe

Exactement. Maintenant nous n'exagérons rien ici, nous ne sommes provocateurs en aucune façon, c'est la réalité de la situation. Si vous faites une recherche sur la page Web de Signs-of-the-Times, par la fonction de recherche, sur Alberto Gonzales, et si vous lisez quelques-uns des éditoriaux et des articles que nous avons sur lui, vous vous rendrez rapidement compte que cet homme devrait, avec beaucoup d'autres membres de l'administration des Etats-Unis, se trouver en prison – mais ce n'est pas le cas, et ce n'est pas ce vers quoi nous sommes, nous et le peuple américain qui lisons USA Today, conduits à croire et à comprendre. Et cela nous amène sur le sujet, dont nous voulions parler, de la complicité des médias dans les crimes du gouvernement.

Henry

Il y a un thème secondaire dans cet article sur Alberto Gonzales, et il est en rapport avec le Patriot Act – et son sous-titre dit « Tous deux voient le scandale du Procureur Général comme une raison supplémentaire de surveiller de plus près le Patriot Act. » Or le Patriot Act est une suite du 11 septembre, et il avait essentiellement pour but de mettre en route un processus de suppression des droits des citoyens des Etats-Unis. Et maintenant, quelques années plus tard, il aboutit à ce que des Américains puissent être jetés en prison sans qu'on leur en donne la raison. Ils n'ont aucun recours. On peut les traiter de terroristes...

Joe

... sans avoir droit à un avocat...

Henry

... sans qu'ils aient droit à un avocat. Et le débat entre le conservateur Cal Thomas et le libéral Bob Beckel se résume à « Est-ce que le Patriot Act doit être renouvelé pour cinq ans ou devrait-il être renouvelé pour deux ans ? »

Joe

Oui, c'est un autre parfait exemple du fait que les paramètres ridicules du débat sont fondés sur des mensonges et une irréalité foncière. Ils n'ont rien à voir avec la réalité de la situation.

Henry

Et l'idée selon laquelle il y aurait une différence de fond entre une extension de cinq ans du Patriot Act, ou de deux ans, est que... Ils veulent nous faire croire qu'il s'agit là de différences fondamentales d'opinion politique. Il est dit, dans l'introduction de cet article, que « Cal Thomas est un journaliste conservateur, et Bob Beckel un stratège démocrate libéral », et – c'est là où ça devient intéressant – « mais en tant qu'amis de longue date, ils se retrouvent souvent en territoire partagé sur certaines questions, alors que ceux qui font les lois à Washington ne le pourraient pas. » Donc, ce qui est dit ici entre les lignes, c'est qu'il existe bien des différences sur le fond entre Républicains et Démocrates. Or c'est une farce. Le discours politique aux Etats-Unis s'est décentré très à droite. Les Démocrates sont bien plus à droite que beaucoup de partis de droite du reste du monde. Il n'existe plus de choix politique. Si vous vouliez dresser la carte de tout cela... disons, si vous preniez la lumière qu'émet la politique américaine, et que vous la décomposiez à travers un prisme, vous trouveriez les Républicains et les Démocrates tous deux dans le rouge. Quant aux jaunes, aux verts, aux bleus ou aux violets – oubliez toutes ces couleurs politiques, elles n'existent pas.

Joe

Uhmm. Mais c'est intéressant qu'ils disent cela, dans cet éditorial, qu'ils disent qu'il existe des différences de fond, mais qu'ils trouvent des terrains d'entente. Si ces différences de fond existaient, elles devraient être portées à la connaissance du lecteur, plutôt que d'être ramenées à ce seul point de vue, qui est au fond, l'argument du gouvernement Bush. Parce que cet argument du gouvernement Bush est l'argument des Républicains et des Démocrates. En un sens, il n'y a plus ni Républicains, ni Démocrates. On pourrait tout aussi bien ne parler que du gouvernement Bush, George Bush, les néoconservateurs et le lobby israélien aux Etats-Unis, et du fait qu'ils contrôlent tout aux Etats-Unis, et que personne d'autre n'a ni contrôle, ni pouvoir, ni aucun mot à dire, ni rien à faire qu'ils ne veulent  qu'ils fassent. Telle est la réalité de la situation aux Etats-Unis, et voyez-vous, si nous devions appeler cela par son nom, nous parlerions au fond de dictature.

Henry

Et quand vous prenez les élections, ce sont, voyez-vous, des élections manipulées. Nous avons parlé récemment sur la page de Signs d'un excellent documentaire intitulé « Hacking Democracy », sur la campagne menée par Bev Harris pour examiner l'utilisation qui est faite des machines à voter. Eh bien il n'y a plus d'élections libres aux Etats-Unis.

Joe

Non.

Henry

Tout est décidé d'avance. Les cartes mémoire sont programmées de telle manière que le décompte des voix donne ce que désire le pouvoir en place. Vous vous faites des idées si vous pensez qu'il existe encore dans ce pays des élections libres. Vous vous faites des idées si vous pensez que le processus politique pourra y changer quoique ce soit.

Joe

La vérité est donc que le peuple américain a été amené à la dictature en Amérique. Telle est la réalité. Ce n'est pas dit comme ça, ce n'est pas dit ouvertement, mais le peuple américain en est là. Il vit sous une dictature. Et une bataille se livre quotidiennement dans les médias pour l'y maintenir, pour le maintenir inconscient du fait qu'il vit sous une dictature. Et cela nous amène à cette histoire avec le Sénateur John McCain, le Républicain, plein de l'espoir d'être le candidat présidentiel républicain, plein d'espoir pour... pour 2008.

Henry

Mais voyez-vous, avant d'y venir, une des choses sur lesquelles nous avons fait des recherches durant tous ces mois pendant lesquels nous avons réalisé des podcasts, c'est sur la situation en Allemagne au cours des années 1930, avant que la seconde guerre mondiale n'éclate. Et une des choses que nous avons constatées qui se répète toujours et encore, c'est que les Allemands en parlent toujours comme d'une période de grandeur. La criminalité était très faible. Le sentiment de sécurité était tellement plus élevé.

Joe

Bien sûr. Hitler n'a été un dictateur qu'après coup. Hitler n'était pas un dictateur pendant qu'il était un dictateur. De la même manière que George Bush n'est pas un dictateur...

Henry

Exactement...

Joe

... pendant qu'il est un dictateur.

Henry

Et les Américains ne peuvent pas voir que leur pays est la nouvelle Allemagne Nazie. Leur pays possède un système de centres de détention illégaux – des centres secrets répartis tout autour du monde. Les gens que les Etats-Unis veulent kidnapper et faire disparaître ne sont qu'à quelques heures d'une de ces prisons partout dans le monde.

Joe

La différence, c'est que l'Amérique est bien pire que l'Allemagne Nazie, parce que l'Allemagne ne possédait pas un empire, ce qui fait que tous les crimes commis par la dictature eurent lieu en Allemagne. C'était donc beaucoup plus facile. Disons que par définition, cette dictature se devait d'être beaucoup moins durable – parce que tout se passait sur un secteur géographique restreint, alors les chances qu'elle soit découverte pour ce qu'elle est ou que le système implose, étaient beaucoup plus grandes. L'Amérique, de nos jours, est un empire. Les gens doivent comprendre cela. Il y a des bases militaires américaines dans 121 pays du monde – sur quelque 180 pays, ce qui fait donc... quelqu'un peut-il faire le calcul ? ...

Henry

Les deux tiers du monde...

Joe

... 66 à 70% des pays du monde possèdent de telles bases militaires, donc on peut dire que le gouvernement américain dispose d'un degré de contrôle significatif dans 121 pays dans le monde, parce qu'il a dans ces pays des soldats, des armes, et de l'armement. La dictature américaine peut donner l'impression qu'elle n'est pas beaucoup plus grande que pour l'Allemagne Nazie, parce que, comme Henry l'a dit, les gens qui, disons, ne sont plus en faveur auprès du régime en Amérique ne sont pas nécessairement persécutés en Amérique, parce qu'ils ne sont littéralement pas en Amérique. Guantanamo Bay.

Henry

Tout dépend s'ils sont musulmans ou non.

Joe

Oui, mais on peut s'occuper des dissidents et des opposants politiques au régime dans l'un des 121 pays du monde entier, dans ces prisons secrètes auxquelles les livre la CIA – ce qu'elle a fait depuis tant d'années. Il est donc beaucoup plus facile au gouvernement de Bush, au régime de Bush, à la dictature de Bush, de garder ce fait, le fait de cette dictature, hors de la conscience immédiate du citoyen américain moyen. C'est la différence. Et c'est le problème, mais à un certain moment, ce sera dévoilé. Ce sera visible pour la plupart. Mais comme nous l'avons mentionné, il y a dans le même temps une bataille qui se livre – et c'est une bataille pour l'esprit des Américains, pour le garder dissocié, distrait de la réalité dans laquelle il vit.

Henry

Pour en revenir à USA Today, jetons un œil au voyage de John McCain. Sur une colonne, l'éditorial débute par le débat du jour : « Comment se porte le sursaut. »

Joe

C'est ça.

Henry

Qu'est-ce que « le sursaut » ? Le « sursaut » est la réponse de George Bush au mécontentement croissant vis-à-vis de sa politique. Nous nous souvenons de l'automne et de la période de Noël, lorsque le rapport Baker est sorti qui disait que les Etats-Unis pouvaient se retirer. Mais George Bush n'allait pas accepter la défaite. George Bush veut la victoire en Iraq. Sa réponse a donc été « Nous allons envoyer 30 000 soldats supplémentaires en Iraq, et nous allons nous charger de cette affaire. »

Joe

Et cet éditorial suggère que le sursaut soit la dernière chance de George Bush de sauver un semblant de victoire en Iraq. Maintenant, la réalité de la situation est que la victoire sur l'Iraq a déjà été obtenue. Le problème réside dans la définition de ce qu'est une victoire, et la compréhension de ce qu'est une victoire. La voilà, la bataille dont nous parlons, menée par des médias contrôlés par le gouvernement pour convaincre le peuple américain de certaines idées, certains concepts. Spécifiquement, sur ce qu'une victoire en Iraq signifie vraiment. Bien entendu, la victoire a été présentée à l'origine comme étant finalement l'établissement de la liberté, de la démocratie, et d'un gouvernement paisible en Iraq.

Henry

Quelle farce !

Joe

Bien sûr, parce que clairement, cela n'a jamais été...

Henry

Cela n'a jamais été leur intention.

Joe

Le but a toujours été de littéralement démembrer l'Iraq, l'Iraq et son peuple ; de le casser et d'en faire un Etat client vassal de l'Amérique.

Henry

Ou plutôt trois Etats clients.

Joe

Oui, trois.

Henry

Un Etat sunnite, un Etat chiite, et un Etat kurde.

Joe

Exactement. Et c'est ce qu'ils ont obtenu dans une large mesure : c'est là, mais on ne le dit pas. L'Iraq a été, dans une large mesure, démembré, et donc le sursaut n'est en vérité que la tentative ultime de George Bush pour sceller une victoire en Iraq – car une victoire en Iraq a toujours signifié l'oppression, la domination et le massacre de nombre d'irakiens, suffisamment pour en faire un Etat occupé, et un Etat client des Etats-Unis. Mais le problème, c'est qu'USA Today en est encore à convaincre les Américains que l'idée est de libérer l'Iraq, que l'Amérique, George Bush, son gouvernement, et le gouvernement israélien n'ont pas d'intérêts égoïstes à servir en Iraq, qu'ils veulent, comme ils le clament, établir une démocratie libre, une démocratie équitable en Iraq. Les détails de tout cela... voyons les détails avec McCain, parce que c'est amusant...

Henry

L'entête poursuit : « En Iraq, McCain et compagnie essaient de vendre leur version du jour : voici notre opinion. » C'est l'opinion d'USA Today et rappelez-vous qu'il représente actuellement l'opposition aux Etats-Unis. C'est une opinion qui est supposée être critique vis à vis de Bush et de sa politique du sursaut. Maintenant commence l'article en lui-même : « Les six prochains mois en Iraq seront les plus importants depuis le début de la guerre. » Combien de fois avons-nous entendu cela ? Voyez-vous, les élections en Iraq il y a quelques années étaient supposées être si importantes, et patati et patata. Continuons : « Le sursaut des troupes à Bagdad est la dernière chance de Bush de sauver un semblant de succès ou même une sortie honorable. Les Démocrates au Congrès n'ont pas suffisamment de voix pour stopper le sursaut, mais cela va changer si la guerre, elle, ne change pas. Cela aide à expliquer pourquoi on vient d'offrir aux Américains, la semaine dernière, l'étrange spectacle des alliés de Bush au Congrès se rendant sur le plus grand marché de Bagdad, sans se faire tirer dessus, ce qui est une preuve qu'il se pourrait bien que le sursaut commence à donner des résultats. » Allez, rendons un petit peu justice à USA Today : ils ont bien vu l'absurdité de cette expédition photo sur le marché de Bagdad. Elle est si absurde qu'il faudrait que vous soyez un profond fondamentaliste chrétien fanatique de Bush pour ne pas mesurer son absurdité.

Joe

Oui, ils avaient une réputation à défendre ou au moins un semblant de réputation.

Henry

Ils poursuivent : « Dans un commentaire qui rivalise avec des expressions conclusives du genre 'mission accomplie', le représentant Mike Pence, le Républicain de l'Indiana, a déclaré que ce marché de Bagdad ressemblait à un marché en plein air normal de l'Indiana en période estivale. » Bon, on reparlera dans un instant des opinions de Pence, parce qu'il complète son point de vue dans l'éditorial. USA Today poursuit : « Si c'est le cas, ceux qui visitent l'Indiana feraient bien de s'équiper méchamment. Pence, le sénateur John McCain et leurs collègues portaient des gilets pare-balles ; ils sont arrivés dans un convoi de véhicules blindés, avec une protection de tireurs d'élite sur les toits, des hélicoptères de combat au-dessus de leurs têtes, et étaient entourés au sol d'une centaine de soldats américains lourdement armés. »

Joe

Le problème ici est que McCain, Pence et leur entourage se sont rendus sur ce marché de Bagdad après, à n'en pas douter, une préparation de plusieurs jours. Les gens qui étaient sur le marché à faire leurs courses ont probablement été sélectionnés, les Irakiens qui faisaient leurs courses ont probablement été choisis. Tout le monde est passé avant au détecteur de métaux, a fait l'objet d'une fouille à corps, et Pence et McCain étaient accompagnés d'une centaine de marines lourdement armés, avec deux hélicoptères « Black Hawk » et trois hélicoptères d'assaut « Apache » au-dessus d'eux. C'était sans doute pour emporter après coup les courses et les achats à la maison – cela n'avait rien à voir avec la sécurité. Tout cela est ridicule...

Henry

(en riant) Oui, les tapis persans...

Joe

Oui. Et ce qui est ridicule, c'est que McCain et Pence ont essayé, essayé parce que, depuis, ils sont revenus sur leurs déclarations absurdes, de montrer cela à l'attention des Américains comme une preuve que l'Iraq se normalise. Qu'il existe un espoir en Iraq. Mais sur ce marché de Bagdad, 21 Irakiens ont été enlevés et massacrés par l'un des escadrons de la mort de la CIA en Iraq ; et sur le même marché. Cela a en quelque sorte assombri cette petite excursion.

Henry

Ça l'a relativisé.

Joe

Oui, ça a relativisé l'ensemble de cette « version du jour » sur l'Iraq et ce à quoi il ressemble aujourd'hui. Il va sans dire que cela n'a rien à voir, mais rien à voir du tout, j'en suis sûr, avec le marché d'Indianapolis auquel Pence a essayé de le comparer. L'ironie dans tout ça, c'est que la visite de McCain au marché de Bagdad a eu lieu le 1er avril, le jour des « poissons. » Comme poisson d'avril, ça se posait-là. Ça en avait toutes les caractéristiques, étant donné ses commentaires.

Henry

C'est vrai. Venons-en à la description que Pence en donne. C'est invraisemblable.

Joe

Mais là encore, le problème est que tout cela est arrivé il y a une semaine, et que les principaux médias ont colporté les commentaires optimistes qui ont été donnés sur cette randonnée.

Henry

Cet article, qui est supposé représenter l'opposition à Bush, continue, juste après ce paragraphe qui parle de la centaine de soldats américains lourdement armés, et des hélicoptères d'assaut qui les survolaient... Il continue, en disant « Pence et McCain n'ont pas complètement tort. Il existe des signes ténus de progrès depuis que le sursaut a commencé voici sept semaines. » Voilà donc comment fonctionne le lavage des cerveaux : ils y vont, et ils prennent une situation absurde, comme celle de ces politiques qui se rendent dans un marché de Bagdad ; ils disent, oui, c'est absurde, et puis, juste après avoir dit combien c'est absurde, ils ajoutent ensuite « Oh et puis, ils n'ont pas complètement tort. Il existe des signes d'espoir. »

Joe

Oui, c'est le façonnage des esprits. C'est clairement un tripatouillage de l'esprit du lecteur américain qui lit tout ça. Ils ne savent pas quoi penser, ils ne disposent que d'informations contradictoires, de commentaires contradictoires, de déclarations contradictoires sur les faits apparents. Et comment les gens répondent-ils à cela ? La seule manière d'y répondre, c'est de faire vos propres recherches, clairement, et d'ignorer les principaux organes de presse, parce qu'il est clair qu'ils servent des buts bien définis en reprenant comme des perroquets la ligne du gouvernement. Parce que les principaux médias sont contrôlés par le gouvernement, et l'ont été depuis longtemps. Et l'absurdité... Bien sûr que c'est absurde, mais c'est... c'est beaucoup plus absurde que USA Today ne veut bien le dire. Parce que de fait il n'existe aucun signe d'espoir, parce que les signes d'espoir sont présentés comme, voyez-vous, OK, aujourd'hui, on n'a eu que 50 personnes massacrées à Bagdad et en Iraq, alors qu'il y en a eu 200 la semaine dernière.

Henry

Déjà qu'ils mentent sur le nombre de soldats américains qui l'ont été. Ils ne tiennent même pas de statistiques sur les pertes civiles.

Joe

Bien sûr, comme toujours avec les guerres. Et l'absurdité de tout cela, comme nous l'avons dit, est que l'objectif, la raison de l'invasion américaine de l'Iraq était de démembrer le pays. De l'occuper, de contrôler, de posséder le pays. Et donc, tout ce qui s'écarte de cette vérité est bien entendu absurde, ce qui rend tous les principaux organes de presse absurdes.

Henry

Et puis, il faut voir ça également à la lumière de la politique israélienne, qui pendant 25 ans a parlé de l'Iraq, et de la nécessité de le diviser en trois régions de moindre taille.

Joe

Donc : McCain et son poisson d'avril. Aujourd'hui, en fait, ce lundi 9 avril, il vient de retirer, d'une certaine manière, ou plutôt « réviser », ce qu'il a dit, puisqu'on a en gros titre « McCain révise sa politique iraqienne. » « John McCain, le véhément défenseur du sursaut de George Bush pour envoyer plus de troupes en Iraq, vient tout juste hier de désavouer sa récente estimation optimiste de la sûreté à Bagdad. Dans un effort... » Voilà pourquoi, voilà la raison. Et pourquoi pensez-vous qu'il l'a fait ? Pas du tout parce que c'était absurde et que des gens meurent quotidiennement du fait de l'invasion de l'Iraq, mais parce que cela a été préjudiciable à son statut de favori dans la course à l'investiture du parti républicain aux prochaines présidentielles. Ce type est une ordure d'une telle lâcheté (excusez mon langage[2]) que lorsqu'il retire les mots ridicules et grossiers qu'il a prononcés – cette propagande selon laquelle il y aurait de l'espoir en Iraq – lorsqu'il se rétracte, ce n'est pas parce qu'il aurait menti pour servir les intérêts du gouvernement Bush, mais parce que cela affecte son propre... comment dit-il ? – potentiel ! ...

Henry

... Ses perspectives politiques.

Joe

... Oui, ses perspectives politiques ! Voilà bien ces gens-là. Voici l'un d'entre eux, voici un ex-favori – et probablement un futur favori pour l'investiture républicaine à la Présidence. Voilà le type qui va être votre Président – potentiellement – après George Bush... Voilà quelle est sa moralité, voilà à qui il pense en priorité, en numéro un, ce menteur : à lui-même ! Il ne peut penser à personne d'autre, parce qu'il est très probablement psychopathe, et si McCain ou l'un quelconque des favoris, qu'il soit démocrate ou républicain, devient Président, alors les choses ne vont pas changer de sitôt, vous pouvez en être certains. L'Amérique et le monde entier sont sur une spirale descendante, et ça ne va pas changer.

Henry

Non. Pour en revenir à ce que dit USA Today, le sujet est repris, et, dans la partie suivante de l'éditorial, les problèmes actuels sont listés, et se terminent avec le point culminant. Ils disent « Ce n'est pas qu'il n'y ait pas de bonnes nouvelles, mais plutôt que les bonnes nouvelles en provenance d'Iraq avant et pendant l'invasion ont été graduellement dominées par la montée en puissance des rébellions et des massacres sectaires, d'un virulent anti-américanisme, et de l'échec, l'une après l'autre, des stratégies mises en œuvre. Maintenant que Bush affirme que son plan va marcher, le public et les médias sont soucieux, et c'est bien compréhensible. » Maintenant, voyons... « virulent anti-américanisme. » Je pense que...

Joe

Tu veux dire, en Iraq ?

Henry

Oui, en Iraq.

Joe

Bon, eh bien, qu'est-ce que ça a de spécial ? Pourquoi les Irakiens seraient-ils de virulents anti-américains... ?

Henry

Est-ce qu'on peut comprendre ça ?

Joe

Mais pourquoi ? Ils n'ont fait qu'envahir le pays.

Henry

Ils n'ont fait que détruire le pays. Et tuer plus de 600 000 personnes...

Joe

Plutôt un million, maintenant, mais...

Henry

...oui...

Joe

Et c'était quoi, l'autre commentaire ? Sur « sectaire » ?

Henry

Ah oui, « la montée en puissance des massacres sectaires. »

Joe

C'est ça, « la montée en puissance des massacres sectaires. » Qui en est responsable ? Laissez-moi vous dire qui est responsable. C'est déjà très documenté. La presse dominante en a même parlé, bien que de manière très imprécise. Il a été établi que les escadrons de la mort qui se livrent aux massacres sectaires en Iraq ont pour origine le Ministère de l'Intérieur de l'Iraq, et ce Ministère de l'Intérieur en Iraq, tout comme le gouvernement irakien, est contrôlé par le gouvernement des Etats-Unis, par les 170 000 soldats et leur commandement, et les agences de renseignement américaines et israéliennes en Iraq. Le gouvernement de l'Iraq est un gouvernement fantoche. Le Ministère de l'Intérieur en Iraq, c'est une centrale de la CIA.

Henry

Et une centrale du Mossad.

Joe

Oui. En Iraq, les escadrons de la mort sont organisés, financés, entraînés et dirigés par la CIA et par les Israéliens. C'est un fait, que vous le vouliez ou non. Où y a-t-il donc de l'espoir, dans tout cela ? Que reste-t-il avec ça du grand plan pour la démocratie ? Le grand plan pour la démocratie en Iraq a été un mensonge depuis l'origine. L'invasion de l'Iraq est illégale. Il s'agit d'une guerre de domination, d'oppression, d'occupation. Point final. Ce n'est pas de la science-fiction. Toutes les preuves existent qui viennent démontrer ce fait. Elles sont tirées des actes et des paroles du gouvernement Bush, du gouvernement israélien et du gouvernement britannique des cinq ou six dernières années, et de ce qui se passe sur le terrain en Iraq.

Henry

C'est clair ou, du moins, ça devrait l'être, pour quiconque a deux sous de jugement ; quiconque est doué de conscience devrait se rendre compte de ce qui se passe en Iraq – la destruction, le meurtre, le viol et le pillage d'un pays, la mort d'un million de personnes. Et comment USA Today conclut-il à propos de son opposition au plan de Bush ? Il y est dit « Etant donné le prix d'une défaite, il existe aussi des raisons qui nous conduisent à espérer que le sursaut va marcher. » Mais que veut dire « le sursaut va marcher » ? Cela veut dire la fin de l'Iraq en tant que pays, sa destruction complète, l'assassinat de son peuple, et monter les Sunnites contre les Chiites. Vous savez, avec tout ce qui arrive, il est très possible qu'en fin de compte ils parviennent à détruire les liens qu'ont établis les populations chiites et sunnites sous Saddam, à savoir qu'il existait des mariages entre familles, entre tribus. Il n'existe aucune raison pour que les Sunnites et les Chiites se mettent à se massacrer entre eux.

Joe

Non. Il s'agit là d'une stratégie classique de contre-espionnage, reprise depuis des décennies. C'est ce que font toutes les armées d'invasion, lorsqu'elles entrent dans un pays et veulent l'occuper et le posséder. La première chose que vous regardez dans ce cas, c'est s'il existe des possibilités de fractures, et alors vous tentez de provoquer ces fractures, et vous vous livrez vous-mêmes à des attaques sectaires. Là encore, c'est bien documenté, bien que vous ne le trouviez pas dans les principaux organes de presse, mais c'est un fait, et le problème ici, comme Henry l'a mentionné, est de savoir pourquoi tout Américain ou tout homme rationnel et doué de pensée ne le voit pas. Le problème, ce sont les médias. Le problème, c'est ce que nous avons constaté aujourd'hui avec USA Today. C'est une pensée pseudo – moraliste, c'est une pensée à rebours, une logique tordue. C'est dire une chose dans un paragraphe, une autre un peu plus loin dans le même paragraphe, ce qui rend toute personne ordinaire incapable de penser rationnellement, de comprendre ce qui se passe. Et c'est cette dépendance aux principaux organes de presse qui va causer la perte des gens s'ils continuent de lire cette presse, qui est au fond la voix du gouvernement. Parce que les gouvernements des Etats-Unis, d'Israël, du Royaume-Uni ne recherchent pas la vérité. Ils produisent le mensonge. Tout comme l'Allemagne Nazie et Hitler produisaient le mensonge, trompant et escroquant les gens.

Henry

Et le souci des médias actuellement aux Etats-Unis, c'est de préserver l'illusion qui a été soigneusement créée de toutes pièces sur des dizaines d'années, des décennies et des décennies, à savoir l'illusion que les Etats-Unis sont le bastion de la liberté. L'illusion que le modèle économique des Etats-Unis est celui que les peuples de la Terre choisiraient librement s'ils en avaient le choix, et tout cela c'est du mensonge, mais un mensonge qui est profondément ancré dans l'identité de presque chaque Américain. Chaque Américain a dans ses tripes que son pays est le meilleur au monde, que c'est le pays le plus libre au monde. Il ne peut pas se figurer ce que son gouvernement fait en réalité en son nom. On lui sert toute cette presse, cette télévision américaine, ces films américains. Ce ne sont que « du pain et des jeux. »

Joe

Exactement.

Henry

Et maintenant, voyons ce que dit Mike Pence. Ce sont des paroles qui viennent de la bouche d'un représentant du Reich de Bush, et ce sont, dit-il, des « signes d'espoir. » Son article a pour titre « L'espoir surgit en Iraq. » Voyons donc quels sont exactement ces « signes d'espoir » – vous n'allez pas croire ce que ce type essaie de nous dire. Il dit « Nous avons un long chemin à parcourir en Iraq. Le travail que nous avons à réaliser sera ardu, difficile. Mais nous progressons, et nous avons toutes les raisons de nourrir un optimisme prudent à l'endroit du sursaut du Président Bush. » Voyez-vous ça : même un super partisan de George Bush dit que le mieux qu'ils puissent faire, c'est d'afficher un « optimisme prudent. » Je veux dire, voyez-vous, qu'un « optimisme prudent » est tout ce que peut affirmer la voix officielle du Reich de Bush. Il poursuit : « En dépit de tout ce que vous voyez et entendez dans les médias » – propageant par-là le mythe que les médias seraient en quelque façon contre Bush, et contre les pouvoirs en place. Non mais quelle farce !

Joe

C'est un point important, parce que cela amène les gens à croire qu'ils trouveront la vérité dans les médias ou un point de vue anti-gouvernemental.

Henry

Oui. Il dit : « En dépit de tout ce que vous voyez et entendez dans les médias, un printemps d'espoir débute en Iraq. » Cela me fait penser à cette vieille chanson du film de Mel Brooks, The Producers, « C'est le printemps pour Hitler... » Il dit : « Je l'ai vu sur les visages de centaines d'Irakiens ordinaires dans les rues de Bagdad. Dès l'instant de notre arrivée, je pouvais sentir que les choses étaient différentes » et vous voulez savoir ce qu'il y avait de différent, vous tous ? Et bien, écoutez cela : « Le Général David Petraeus nous a accueilli à l'aéroport, et au lieu de prendre l'hélicoptère pour nous rendre sur la Zone Verte[3], nous avons pris la route de la ville. Je n'avais pas fait cela depuis mon premier voyage, voici des années. »

Joe

Mon cœur... Ça me réchauffe le cœur, vois-tu, Henry.

Henry

Vraiment ? Parce que c'est malheureux que Nicola Calipari et Giuliana Sgrena ne l'aient pas su, car elles auraient pris l'hélicoptère, et n'auraient pas été massacrées par les soldats US sur la route de l'aéroport. Je continue. Je saute des passages, parce qu'ils sont trop ridicules. Mais il dit : « Avec une équipe de sécurité militaire, nous avons passé plus d'une heure sur un marché en plein air très peuplé. Bien qu'on nous ait demandé de garder nos gilets pare-balles, le Général Petraeus enleva son casque et nous encouragea à laisser les nôtres dans le véhicule. » Wow !

Joe

Wow. Ça a dû... ça a dû l'émouvoir. Je peux imaginer qu'il en a eu la larme à l'œil, à cette idée.

Henry

Oui, la liberté...

Joe

Oui... Pas de casque ! Pas de casque à Bagdad. Fabuleux !

Henry

Puis il dit : « Nous nous sommes baladés pendant plus d'une heure. J'ai raconté plus tard aux journalistes que c'était comme sur un marché de l'Indiana en période estivale. »

Joe

Oui.

Henry

Voilà d'où vient la citation.

Joe

Tu sais quoi ? Je n'irai pas en Indiana l'été, et je n'irai pas au marché, parce que si c'est comme... Si les marchés en Iraq ressemblent aux marchés de l'Indiana en été, eh bien, lorsque je regarde les marchandises, je peux m'attendre à être soudainement enlevé, des outils industriels peuvent s'en prendre à mes articulations, de l'acide m'être jeté au visage, et puis je peux recevoir un coup de pistolet dans la tête. Donc, l'Indiana n'est plus sur ma liste de voyage.

Henry

Rien aux Etats-Unis n'est plus sur ma liste de voyage.

Joe

Je te le dis : si c'est tant soit peu comme à Bagdad, je n'y vais pas.

Henry

Il continue : « Ce sont les gens qui m'ont le plus frappé. »

Joe

Oui.

Henry

Frappé.

Joe

Vois-tu, c'est quelque chose de réciproque, parce que nombre d'Irakiens se sentent frappés par les Américains en ce moment, tu sais. En particulier par le gouvernement américain et par les militaires américains. Ils se sentent vraiment frappés.

Henry

Comme une dent frappée qu'on doit enlever par opération chirurgicale !

Joe

Oui... ou, tu vois, comme « frappé par une balle. »

Henry

Frappé par une balle, oui. Il dit : « Je n'ai trouvé que chaleur et amitié. » Bon mais tu sais, étant donné les militaires qui l'entouraient, je pense que...

Joe

Et puis étant donné tous les gens sélectionnés pour être en sa présence, oui, je suis sûr qu'il a dû se sentir à l'aise.

Henry

« Alors que nous passions étal après étal, les gens nous faisaient des signes, posaient la main sur leur cœur, et nous saluaient en Arabe. Beaucoup nous ont juste dit 'Bonjour' » Vous pouvez imaginer qu'ils n'en pensaient pas moins...

Joe

Non...

Henry

... Qu'ils n'ont pas exprimé ! Et il conclut en disant : « Des jours ardus nous attendent, qui nous briseront le cœur, mais j'ai bon espoir. » Maintenant est-ce que ce sera le régime de Bush qui aura le cœur brisé ou bien les Irakiens qui verront ce qui reste de leur pays détruit ? Ce qui reste de leurs familles, disloquées, enlevées, disparues. Il dit : « J'ai vu les effets du sursaut. La liberté peut triompher en Iraq si nous ne nous fatiguons pas des bonnes choses que font nos soldats et les forces irakiennes avec de nouvelles stratégies et de nouveaux dirigeants. »

Joe

(soupir) Oui. Permettez-moi de faire faire à M. Pence un petit check-up réaliste. Les militaires américains en Iraq ont tué ou ont été responsables de la mort d'un million de civils sur les quatre dernières années. Voilà les bonnes choses qu'ils ont faites. Le pays est en ébullition. Des hommes, des femmes, des enfants meurent. De fait, le lendemain du jour où McCain et Pence ont fait leur petite promenade sur le marché, un camion a explosé, tuant 14 écoliers dans un bus de la ville de Kirkuk, au nord de l'Iraq, et, comme tu l'as dit un peu plut tôt, 21 personnes qui faisaient leurs courses sur le marché où étaient McCain et Pence furent enlevées le lendemain et, euh... abattues. Donc voilà ce que le gouvernement américain a apporté à l'Iraq. Et tous les civils irakiens savent exactement ce que...

Henry

... ils savent ce qu'était leur vie avant l'arrivée des Américains, et ce qu'elle est désormais.

Joe

Bien entendu, c'est ridicule – je veux dire : il n'y a aucune comparaison. Cela m'est même difficile d'être assis là et de penser que je doive en parler, que je doive mettre les points sur les « i. » Le fait est que...

Henry

... les Etats-Unis sont l'agresseur. Ce sont les Etats-Unis qui sont le méchant, dans l'affaire. Ce sont les nouveaux Nazis.

Joe

Oui.

Henry

Vous avez bien reçu le message ?

Joe

Les Irakiens l'ont bien reçu, parce qu'aujourd'hui, il y a quelque chose qui ressemble à une étincelle d'espoir. Aujourd'hui, dans deux villes irakiennes, Najaf et Kufa, près d'un million de civils irakiens ont manifesté contre l'occupation. Le jour du quatrième anniversaire de la chute de Bagdad, comme ils l'appellent. Voilà qu'un million d'Irakiens manifeste contre ce qu'ils appellent l'occupation de l'Iraq.

Henry

Et il y avait des Sunnites et des Chiites...

Joe

Sunnites et Chiites ensemble, ainsi que leurs représentants légitimes pour cette insurrection, et pour leur résistance à l'occupation, l'ecclésiastique chiite Muqtada al-Sadr, l'ennemi numéro 1 des militaires US pour des raisons très évidentes, parce qu'il représente le peuple. Il représente la résistance, la résistance justifiée contre l'armée d'occupation US. Donc ils étaient un million aujourd'hui, venant de tous les horizons. Il y en avait de Bagdad, qui étaient venus en bus vers ces deux villes, où se passaient les manifestations, et, dans l'une des deux, il y en avait un million à manifester. Ils criaient, entre autres « Oui ! Oui à l'Iraq ! » ou « Oui ! Oui à Muqtada » – l'ecclésiastique – et ils demandaient aux occupants d'évacuer l'Iraq. Les occupants doivent quitter l'Iraq. C'est ce que pensent les gens en Iraq. C'est là où il existe un espoir pour le futur. Les occupants, c'est à dire les militaires US, le gouvernement des Etats-Unis, doivent quitter l'Iraq. Ni sursaut, ni aucun des 30 000 soldats supplémentaires. Parce qu'ils savent ce que les soldats américains ont fait en Iraq. Ils ont tué, massacré, semé la désolation et le désespoir. Voilà ce qu'ont apporté en Iraq au nom de la liberté et de la démocratie les militaires et le gouvernement des Etats-Unis. En bref : le mensonge.

Henry

Imaginez que nous soyons revenus à la fin des années 30, et que l'Allemagne vienne juste d'envahir la Pologne.

Joe

Oui, c'est bien, c'est une bonne comparaison.

Henry

Et imaginez que vous avez à ouvrir... que vous êtes américain, et que vous êtes horrifié de ce que font les Nazis, et que vous apprenez que dans un journal allemand un débat va s'ouvrir entre – eh bien, devons-nous poursuivre, et envoyer 30 000 soldats supplémentaires en Pologne, ou bien peut-être réduire les troupes d'occupation plus graduellement dans le temps.

Joe

Bien sûr, c'est ce que les Allemands avaient en 19... dans les années trente pendant la Seconde guerre mondiale : ils avaient le même genre de propagande que les Américains ont aujourd'hui. Ce genre de débat pseudo – moralisateur et immoral, de double langage contradictoire à propos de ce qui est bien, et de ce qui est mal, de ce qui devrait et de ce qui ne devrait pas arriver : ce genre de débat repose sur des prémices fausses, parce qu'au fond la vérité est que les Nazis ont envahi la Pologne, et que tous les citoyens polonais étaient contre. De la même façon que tous les citoyens irakiens sont contre. Il ne s'agissait pas de liberté ni de démocratie, mais d'occupation. Les Nazis ont occupé la Pologne, et semé le meurtre et la désolation – et c'est exactement ce que font les Américains en Iraq. Qu'y a-t-il de si difficile à comprendre ? L'Histoire regorge d'exemples de cela. Qu'est-ce qui ne va pas avec le peuple des Etats-Unis ? Qu'est-ce qui ne va pas avec le peuple britannique ? Qu'est-ce qui ne va pas avec ceux qui ne peuvent pas comprendre ça ? C'est pourtant si simple. Vous le lisez dans le texte. A l'école, vous l'avez appris en cours d'Histoire. Et ça arrive aujourd'hui.

Henry

Pourquoi ne le voyez-vous pas ?

Joe

Les médias. Le problème, clairement, ce sont les médias. De la même manière que c'était le problème de l'Allemagne nazie, avec le service de désinformation nazi de Goebbels.

Henry

Le Grand Mensonge.

Joe

Le Terrorisme. C'étaient les Juifs. C'étaient les communistes.

Henry

Maintenant ce sont les Arabes, les Islamo-fascistes.

Joe

L'Histoire se répète, juste sous votre nez.

Henry

Vous vous êtes demandés comment cela avait pu arriver en Allemagne. Eh bien ça arrive aux Etats-Unis aujourd'hui. Ça arrive au Royaume-Uni aujourd'hui, et vous ne le voyez pas.

Joe

Regardez autour de vous.

Henry

Ouvrez les yeux.

Joe

Rendez-vous la semaine prochaine.

[1]     Le football américain (NdT)

[2]     En anglais dans le texte : « Excuse my French » (NdT)

[3]     Green Zone : Enclave hautement sécurisée dans la ville de Bagdad en Irak instituée en avril 2003, suite à la persistance des combats et des attentats après la fin officielle de la seconde guerre d'Irak.  Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_verte (NdT)

 



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