 Traduction française de Podcast 65
Podcast Signs of the Times
18 août 2006
Traduction Jérôme Louvel
Laura « Il y a un programme de désinformation pour littéralement tous et chacun, qui que vous soyez, quelque soient vos goûts, vos croyances, vos centres d'intérêt ; un site Web a été conçu spécialement pour vous, pour diriger votre pensée et votre attention et vous emmener dans la direction qu'ils souhaitent que vous preniez... »
« Vous écoutez Radio Libre Signs-of-the-Times qui émet au cœur d'une Amérique occupée »
Henry |
Bienvenue sur ce podcast de Signs-of-the-Times. Je suis Henry... |
Joe |
Je suis Joe... |
Scott |
Je suis Scott... |
Henry |
... et nous continuons notre discussion avec Laura... |
Laura |
Oui. Merci de m'accueillir. |
Henry |
Dans le podcast de la semaine dernière, nous avons commencé notre exposé sur Gurdjieff. Nous avons examiné quelques uns des propos que Gurdjieff a tenu dans son livre « La vie est réelle.. », et Laura en a tiré des détails qui ont été ignorés, ou éludés, par à peu près tout le monde. Nous avons commencé par examiner quelques uns des derniers mots de Gurdjieff à Madame de Saltzmann sur son lit de mort. Il lui a dit à propos de ses écrits :
« ... la chose essentielle, la première chose, est de préparer un noyau de personnes capables de répondre à l'exigence qui se fera jour ».
Laura a fait le commentaire que Gurdjieff était quelque peu prophétique, qu'il voyait alors quelque chose qui allait arriver dans le futur. Il a vu que le besoin allait se faire jour du développement d'un groupe de personnes qui travailleraient à voir le monde le plus objectivement possible. Elle a aussi tiré, je cite, du même livre « La vie est réelle.. », dans lequel Gurdjieff fit le récit d'une expérience qu'il a vécue un six novembre, dans un endroit à la limite du désert de Gobi, récit dans lequel il écrit :
« ...J'étais à cette époque très intéressé – et même maintenant cet intérêt ne s'est pas entièrement dissipé – à augmenter par un facteur de plusieurs milliers la visibilité de centres cosmiques distants, grâce à un medium ».
Quand nous avons lu cela, cela nous a rappelé une autre expérience menée ces quelques dernières années, que Laura a conduite, une expérience scientifique, selon les termes mêmes de Gurdjieff : il parlait de ses aptitudes télépathiques et comment, lors de cette expérience dans le désert, ou au bord du désert, il recherchait une manière d'arriver à une manière de rappel soi, de souvenir de soi, où il fut en mesure de se regarder lui-même, de regarder sa vie, voir ce qu'il aurait du faire à chaque instant, et utiliser cela pour discerner ce qu'il devait faire au moment présent. Il comprit que le moyen d'arriver à cela était de prendre cette aptitude à la télépathie qu'il avait développée, qui était devenue son moyen d'obtenir ce dont il avait besoin dans la vie, cette aptitude à influencer les gens, et dire qu'il n'allait plus s'en servir à cette fin. Et la seule fin qu'il se permettrait de poursuivre en continuant à l'utiliser était la recherche scientifique, dont il a donné un exemple que je viens de mentionner :
« ... Augmenter par un facteur de plusieurs milliers la visibilité de centres cosmiques distants, grâce à un medium ».
Nous allons donc poursuivre à partir de là.
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Laura |
Ce qui est intéressant dans la manière dont il parle de ces « centres cosmiques distants » est le fait que, dans notre propre travail expérimental, ce que nous appelons les « communications cassiopéennes » se décrivent elles-mêmes comme « Nous sommes vous dans le futur » – je parle ici des centres de la pensée, qui sont extrêmement distants en termes cosmiques. On ne peut donc s'empêcher de s'interroger ou de faire la comparaison avec ce que Gurdjieff avait dû faire : utiliser son aptitude d'hypnotiste et ses talents télépathiques pour son entreprise médiumnique, de laquelle personne ne parle, si tant est qu'on s'en soit rendu compte. Et comme je l'ai dit la semaine dernière, le résultat des pensées qu'il avait à ce moment particulier était que ses objectifs se séparèrent selon deux buts principaux : tout d'abord, son objectif principal, qui définissait comme :
« ...Investiguer sous toutes ses facettes, et comprendre, la signification et le but exacts de la vie de l'homme »...
... auquel il ajoutait un second objectif, qui était :
« ... Découvrir à tout prix une manière, un moyen de détruire chez les gens cette prédilection à la suggestibilité qui les conduit à tomber aisément sous l'influence de l'hypnose de masse ».
Le point important de cette réalisation de Gurdjieff, que tant de gens ne parviennent pas à prendre réellement en considération ni à penser, est qu'il nous dit qu'il est arrivé à ces idées, à cette compréhension, grâce à des souvenirs provenant...
« ...(du) site de toutes les sortes de terreurs qui jaillissaient des événements violents dont j'avais été le témoin ; et enfin, d'impressions accumulées à partir de conversations avec divers révolutionnaires au cours des quelques années précédentes »...
... et que ces souvenirs et conversations avaient cristallisé en lui, comme il l'écrit...
« ...Petit à petit, en plus de l'objectif précédent, cet objectif inatteignable... »
... d'aider les gens à apprendre à surmonter « l'influence de l'hypnose de masse ». |
Joe |
La première chose qui me vienne à l'esprit est que tout cela, cette description de Gurdjieff de son travail, est loin du nombrilisme de l' « ascension » et des « états de plénitude ». Sa vie telle qu'il la décrit, très intéressante et très dure, a été traversée d'épreuves difficiles : on lui a tiré dessus au moins à deux occasions, en plus d'autres aventures déplaisantes, et ce sont ces expériences qui l'ont mené à ce point de clarté et de compréhension. Il mentionne également qu'une des choses qui l'ont mené à ce point a été de parler à des révolutionnaires et autres personnes qui, par rapport à l'ordinaire, présentaient beaucoup d'intérêt, et étaient sans doute très concentrées sur un objectif. Il poursuit en disant que cela l'a mené à ce second objectif qui était de comprendre comment prévenir les gens de tomber sous le coup de la psychose ou de l'hypnose de masse. |
Laura |
Et l'on doit songer, pour réellement comprendre ce qu'il pensait, au point de vue des « révolutionnaires » : un révolutionnaire est en général un individu qui recherche les moyens de se révolter contre l'hypnose de masse. Apparemment il s'entretenait avec eux de leurs frustrations quant à l'atteinte de ce but du rejet du joug de l'hypnose de masse, de la domination mentale et du pouvoir de l'élite globale – toutes préoccupations qui étaient celles de Gurdjieff. Ce sont des sujets qui nous préoccupent également aujourd'hui. |
Henry |
Il voyait probablement aussi qu'un grand nombre de ces révolutionnaires était parfaitement prêt à utiliser la même espèce de suggestion de masse que l'autre parti : il comprit alors que c'était un cycle qu'il fallait briser. |
Joe |
Oui, et puis il peut également avoir rencontré des révolutionnaires qui étaient eux-mêmes des victimes de l'hypnose de masse, ... |
Laura |
... Exactement !... |
Joe |
... qui étaient eux-mêmes sous contrôle. On discute beaucoup, sur la page Web de Signs-of-the-Times, du renversement du régime de Bush, de cette idée de changer le monde – qui ne peut qu'être le résultat de la propagation d'une illusion, d'un genre d'hypnose, où les gens pensent que s'ils pouvaient juste reprendre le pays et reprendre le gouvernement, tout le monde s'en sortirait pour le mieux... |
Laura |
Oui, exactement. |
Joe |
Ces deux conclusions auxquelles il est arrivé, ces deux objectifs « inatteignables » auxquels il a consacré sa vie – le premier étant de comprendre la nature de la vie de l'humanité, et le second de rechercher comment éviter que les gens tombent sous le coup de l'hypnose de masse – peut être qu'il en a conclu que, si rien n'était fait, le but de la vie sur terre, de la vie humaine sur terre, serait d'être réduit à l'état de victime, de rester sujet à cette hypnose, à la merci des fins des gens au pouvoir. |
Laura |
Pour en revenir à ce que tu disais à propos des manières et des moyens du soi-disant « New Age » d'arriver à l'illumination, c'est à dire d'abandonner sa volonté propre en faveur d'un système de croyances, de se contempler le nombril, ou de chanter « Om », ou simplement d'avoir des pensées positives – cette sorte de choses – ... |
Henry |
... une fontaine de félicité... |
Laura |
Oui... Gurdjieff conclut ce petit exposé en disant :
« ... ainsi l'idée qui illumina ma conscience en cette soirée du six novembre consistait en ce qui suit. Selon toute probabilité, mon expérience de ces derniers jours d'un désespoir terrible, et d'un combat d'une rare intensité de forces intérieures – qui confinait au délire –, n'est en vérité rien d'autre que le résultat direct du raisonnement sur soi qui se produisit en moi dans des circonstances similaires voici presque trente ans à l'orée du désert de Gobi. Alors, quand je fus à peu près rétabli je commençai à partir de là à continuer mes recherches, mais désormais en direction de deux objectifs bien définis – au lieu d'un seul. »
A ce moment, il commence à exposer comment il se lança dans cette entreprise – ce qu'il avait déjà présenté en détail dans un des livres de la troisième série de ses œuvres, et il dit :
« Ce n'est qu'après quelques années que je ressentis la nécessité de fonder quelque part un institut de formation d'instructeurs qualifiés, afin d'instiller dans la vie des gens ce que j'avais déjà appris. »
Il s'était donc lancé dans cette entreprise, et avait choisi la Russie comme un endroit convenant à ses fins, mais comme on le sait la Révolution Russe se produisit. Voilà ce que décrivait Gurdjieff à propos de qui il était et d'où il venait. Mais le problème, comme nous l'avons déjà mentionné, réside en ce que la plupart des gens qui ont entrepris le travail de la « quatrième voie » ne reprennent pas nécessairement cela. Il se trouve que nous avons plusieurs amis parmi les membres de nos groupes de discussion qui prennent part, dans une certaine mesure, en tant qu'activité corollaire, à certains types d'écoles « Gurdjieff ». Nous avons un couple d'amis aux États-Unis, qui nous informe du genre de travail qu'ils mènent, de ce à quoi ils s'intéressent. Et nous en avons un en Europe : ce qui fait que nous avons une vue sur la manière dont les écoles de la « quatrième voie » suivent les « enseignements de Gurdjieff ». Ce que nous avons été en mesure de retenir de ces informations est que, en quelque chose, d'une certaine manière, ils paraissent avoir perdu en chemin l'essence de Gurdjieff, ce qui faisait qu'il était comme il était.
Un autre point de vue intéressant sur le sujet se trouve dans le livre de Carlos Castaneda Le Feu Intérieur[1]. Il y a eu un grand nombre de discussions, de débats et de disputes sur ce qu'était, ou sur qui était Don Juan Matus. Correspondait-il à une personne réelle ? Était-il réellement un professeur avec lequel Carlos Castaneda était en contact – un « Visionnaire » réel ? Ou inventait-il tout ? Car pendant les dernières années de la vie de Castaneda, il devint à peu près évident que, quoi qu'il lui était arrivé, ce n'était pas quelque chose de très positif ; qu'il ne s'était pas engagé sur un chemin qui le menait vers une direction bienveillante – on peut presque comparer Castaneda à Ouspensky quant au déclin de leurs facultés : aucun des deux n'a été en mesure de réellement laisser de côté son orgueil. J'ai toujours soupçonné qu'il existait une combinaison d'éléments dans ce que Castaneda a écrit en créant Don Juan. Il est possible que Don Juan ait correspondu à une personne réelle, mais il était également quasi mythique. Des idées que Castaneda lui-même a formulées, ou qui lui venaient de manière créative – peut-être même par télépathie –, étaient attribuées à Don Juan, en plus de la possible existence d'une personne réelle aux enseignements orientés selon une certaine direction. J'estime donc que vous devez voir cela comme un processus de création. L'important est que, lorsque vous lisez cela, vous pensiez au fait que parmi ses sources, Castaneda a pu emprunter, pour son travail, à Gurdjieff lui-même. Parce qu'il y a beaucoup de choses qui transparaissent dans ce que dit Castaneda qui sont très similaires à ce qu'écrivait Gurdjieff – et leur position respective dans le temps a pu favoriser l'emprunt d'éléments, incorporés dans son « Mythe du Sud-Ouest » et placés dans la bouche de Don Juan. Dans cette mesure, j'estime important d'examiner ce livre, Le Feu Intérieur, dans lequel Carlos Castaneda traite du sujet des « tyrans ordinaires ». Car comme on l'a vu chez Gurdjieff, ce sont en fait des « tyrans ordinaires » qui lui ont permis d'accéder au niveau de compréhension qui était le sien, qui lui ont permis d'acquérir sa vision des choses et lui ont apporté son irrépressible motivation à poursuivre deux objectifs en particulier. Dans le chapitre du livre Le Feu Intérieur qui concerne les « tyrans ordinaires », le Don Juan de Castaneda nous parle des « Visionnaires de la Conquête » – comme il les appelles, ou les « Nouveaux Visionnaires». Il dit :
« Les nouveaux Visionnaires recommandèrent que tout effort soit entrepris pour éradiquer la suffisance de la vie des guerriers. J'ai suivi cette recommandation, et la plupart de mes tentatives à votre endroit avaient pour objet de vous montrer que, dépourvus de suffisance, nous sommes invulnérables. »
La suffisance était, voyez-vous, ce à quoi Gurdjieff faisait sans aucun doute référence lorsqu'il parlait de l'examen de ce qu'il avait fait dans la vie : des lignes d'action qu'il avait suivies ; qu'elles s'étaient toutes mal terminées faute d'avoir utilisé cette « vue arrière 20/20 » : combien d'entre nous ont fait, par orgueil, des choses que la « vue arrière 20/20 » nous a ensuite conduits à regretter :
« Je n'aurais pas dû faire cela ; je n'aurais pas dû me montrer aussi fier, aussi arrogant, aussi obstiné... Je n'aurais pas dû ceci, je n'aurais pas dû cela... Je n'aurais pas dû me montrer stupide ! »
C'est généralement orgueil que de croire que, sur le moment – quand nous sommes pris dans l'instant, pris par la nature réactive de notre être – nous sommes en contrôle de nous-mêmes. Don Juan poursuit :
« La suffisance ne peut être combattue gentiment. Il dit que les Visionnaires, jadis comme aujourd'hui, se divisent en deux catégories. La première est composée de ceux qui sont disposés à montrer de la retenue, et capables de diriger leurs activités à des fins pragmatiques qui bénéficient aux autres Visionnaires, et aux hommes en général. L'autre catégorie de Visionnaires consiste en ceux qui n'ont cure de la retenue, ni de quelque fin pragmatique que ce soit. C'est un consensus partagé par les Visionnaires, que ces derniers ont échoué à résoudre le problème de la suffisance. »
Vous pouvez ici vous rendre compte de la différence qui existe entre les deux approches : l'approche de Gurdjieff, celle de « l'œuvre », et l'approche de la soi-disant foule nombriliste du New Age. La foule nombriliste du New Age n'a cure de la retenue, ne se soucie pas d'apprendre ni de travailler, et ne poursuit certainement aucun but pragmatique ! Leurs buts sont réservés à eux-mêmes : ils veulent atteindre la paix, la tranquillité, et ils pensent que s'ils font telle chose, cela va d'une certaine manière faire en sorte que le monde s'apaise et s'améliore. Ils ne prennent pas en considération les forces de la nature et la manière dont l'Univers entend conduire ses propres activités au sein du Cosmos. Et ils ne sont en aucune manière engagés en faveur de buts pragmatiques qui aident l'humanité. |
Joe |
Bien qu'ils proclament qu'ils le soient. |
Laura |
Bien sûr qu'ils disent qu'ils le sont ! Mais parler de moyens pragmatiques qui permettent en vérité de faire quelque chose... Vous savez, c'est une chose de dire « Bon, nous allons nous réunir, nous contempler le nombril, et méditer pour la paix dans le monde », mais que cela a-t-il de pragmatique ? Absolument rien ! |
Joe |
Non rien. Comme comparaison avec cela, vous savez, un groupe de gens se réunissant et méditant, espérant arrêter ainsi la guerre, – prenons quelqu'un qui écrit un essai, un éditorial qu'il met sur un site Web, et qui expose quelle folie est la guerre, et qu'elle est promue par... Cela peut atteindre une personne, qui n'ira pas à la guerre, et de cette manière lui sauver la vie. C'est pragmatique ! |
Laura |
Oui, exactement. Donc ayant divisé les Visionnaires en deux catégories, il dit également à ce propos :
« La suffisance n'est pas quelque chose de simple ni de naïf. D'un côté, c'est le cœur de ce qui est bon en nous, d'un autre côté, c'est le cœur de ce qui est pourri. Se débarrasser de la suffisance qui est pourrie demande des trésors de stratégie. Les Visionnaires de tous les âges ont célébré ceux qui ont accompli cela »...
Suit un court exposé sur ce sujet. Carlos Castaneda explique ensuite que ces admonitions sur la suffisance lui rappellent le Carême catholique. Après avoir été toute sa vie prévenu contre les maux du péché, il était devenu « endurci ». Don Juan lui dit :
« Les guerriers combattent la suffisance par stratégie, et non par principe. Votre erreur est d'entendre ce que je dis en termes de moralité ».
Et Castaneda dit :
« Je vous vois comme un homme très moral, Don Juan ».
Et Don Juan :
« Vous avez remarqué mon irréprochabilité, c'est tout !
— L'irréprochabilité, tout comme se débarrasser de la suffisance, est un concept trop énorme pour avoir une quelconque valeur à mes yeux, dit Carlos. »
Puis, Don Juan dit :
« L'irréprochabilité n'est rien d'autre que l'utilisation appropriée de l'énergie ».
Ceux d'entre vous qui ont lu Fragments d'un enseignement inconnu[2] et les passages à propos de la conscience et de la morale se rendront compte que c'est exactement du même concept que Don Juan parle ici. A savoir que la morale n'est pas la même chose que l'irréprochabilité, même si elle peut être perçue comme telle. Gurdjieff fait remarquer que ce qui est moral en Chine ne l'est pas en Amérique. Il n'y a pas de morale « objective » – alors que le but de sa recherche est bien une morale objective, une conscience objective. Il remarque également qu'à propos de ce qui est, ou n'est pas, moral, pour une personne qui a un but précis, un objectif précis, ce qui est moral se définit comme tout ce qui concourt à ce but, et ce qui est immoral comme tout ce qui fait obstacle à ce but. Et, comme nous comprenons le but de Gurdjieff : comprendre la nature de la condition humaine, et éveiller les gens, les aider à surmonter l'influence de l'hypnose de masse – nous pouvons comprendre que ce qu'il considérait comme moral ou immoral était de nature complètement différente, dans bien des cas, de ce que tous les autres estimaient moral ou immoral. Don Juan dit ensuite :
« Les guerriers font des inventaires stratégiques : ils font la liste de tout ce qu'ils font, et ensuite ils choisissent celles de ces choses qui peuvent faire l'objet d'un changement qui leur permette un peu de répit en termes de dépense d'énergie ».
Dans un sens, c'est une description très prosaïque de ce dont Gurdjieff parlait à propos de cette période de réflexion, lorsqu'il voyait tout ce qu'il avait fait, comment il aurait pu le faire différemment ; et comment, dans cet état de conscience exacerbée, il était en mesure de s'observer, et de s'observer en train de s'observer. Cela revient, en un sens, à réaliser un « inventaire stratégique » : lister tout ce que vous faites, tout ce que vous avez fait, et ce que vous pouvez changer de manière réaliste afin de vous accorder du répit en terme d'énergie. Et ensuite il ajout que :
« L'inventaire stratégique couvre non seulement des structures de comportement non essentielles à notre survie ou à notre bien être... »
Puis il ajoute, en continuant de parler de la stratégie appropriée en vue de se libérer de la suffisance, et de libérer de l'énergie pour les choses qui sont essentielles – à savoir atteindre son objectif, identifié auparavant comme « faire des choses pragmatiques pour le bienfait d'autres Visionnaires et pour le bienfait de l'humanité ». La stratégie est, comme il le dit :
« Mise au point par les Visionnaires de la Conquête, les maîtres incontestés de la Traque ».
Nous avons là un autre indice : la Conquête. Les Visionnaires de la Conquête. Gurdjieff travaillait à sa stratégie au milieu des guerres et des révolutions, en parlant à des révolutionnaires dans des circonstances extrêmement difficiles. Nous notons ici aussi une grande similarité. Il dit que :
« La stratégie consiste en six éléments qui s'interpénètrent. Cinq d'entre eux sont appelés les « attributs du guerrier ». Ils sont :
- La maîtrise
- La discipline
- La tolérance
- Le choix du moment juste
- La volonté
Ils se rapportent au monde du guerrier qui combat à perdre sa suffisance. Le sixième élément, et sans doute le plus important, se rapporte au monde extérieur, et s'appelle le « tyran ordinaire ». Le tyran ordinaire est un bourreau : quelqu'un qui soit détient pouvoir de vie ou de mort sur le guerrier, soit simplement l'ennuie en permanence. Les tyrans ordinaires qui infligent douleur et misère sans toutefois conduire à la mort constituent la première sous-classe de tyrans ordinaires. On les appelle les « petits tyrans ordinaires ». La seconde est constituée des tyrans ordinaires qui ne font qu'exaspérer et ennuyer pour rien. On les appelle « le tout venant des tyrans ordinaires » ».
Il ajoute :
« Les petits tyrans ordinaires se divisent encore en quatre catégories : ceux qui tourmentent par la brutalité et la violence ; ceux qui suscitent d'insoutenables angoisses du fait de leur perversité ; ceux qui oppressent par la tristesse ; et enfin ceux qui tourmentent en rendant les guerriers fous de rage ».
Nous constatons ici que Don Juan parle des conditions exactes dans lesquelles se trouvait Gurdjieff lorsqu'il en arriva à ses conclusions et ses prises de conscience – conditions dans lesquelles il se trouvait au contact, ou soumis à des tyrans ordinaires. Nous constatons également que ce sont les conditions qui existent aujourd'hui à une échelle globale. En d'autres termes, nous avons le plus merveilleux tyran ordinaire qui ait jamais été créé, à savoir le système pathocrate global – le système global de contrôle qui essaie de nous mener à une troisième guerre mondiale, probablement nucléaire, au cours de laquelle des millions voire des milliards de personnes périront. C'est un « petit tyran ordinaire » assez acceptable – comme dirait Don Juan. Et pour vous en donner une idée, il dit :
« Ce que les nouveaux Visionnaires avaient en tête consistait en une manœuvre mortelle dans laquelle le tyran ordinaire est semblable à un sommet montagneux, et les attributs du guerrier à des grimpeurs qui se rencontreraient au sommet. Seulement quatre attributs rentrent en jeu en général ; le cinquième, la volonté, est gardé pour les confrontations ultimes, comme par exemple lorsque les guerriers se retrouvent devant un peloton d'exécution – façon de parler ».
Ces quatre attributs sont : la maîtrise, la discipline, l'endurance et le choix du moment juste. Quiconque espère agir en ce monde et y apporter un quelconque changement, quel qu'il soit – comme Gurdjieff souhaitait que cela arrive, espérait que cela arrive, et c'était un de ses objectifs « inatteignables » : d'aider à libérer les gens de l'hypnose de masse – cette personne aura à faire preuve de : maîtrise, tolérance, discipline et choix du moment juste. Et aura de toutes façons à surmonter la suffisance. Et Don Juan nous dit à nouveau :
« L'un des plus grands accomplissements des Visionnaires de la Conquête consistait en une construction appelée « la progression en trois étapes ». En comprenant la nature de l'homme... »
... c'est très important : c'est un préalable que de comprendre la nature de l'homme...
« ...ils étaient capables d'arriver à la conclusion irréfutable que si les Visionnaires étaient confrontés aux tyrans ordinaires, ils pourraient alors faire face à l'inconnu avec impunité, et même se tenir en présence de l'Inconnu. Nous savons que rien ne peut tremper l'esprit d'un guerrier comme le défi que représente le commerce de gens impossibles en position de pouvoir. C'est seulement ainsi que les guerriers peuvent acquérir la sobriété et la sérénité nécessaires pour supporter la pression de l'Inconnu. »
Ensuite, Don Juan ajoute finalement :
« Cela ramène à ce que je disais à propos de la Conquête : les Visionnaires de ce temps-là ne pouvaient pas être tombés sur une meilleure épreuve. Les Espagnols étaient des tyrans ordinaires propres à tester les limites des Visionnaires d'alors. Après avoir fait la connaissance de Conquérants, les Visionnaires devenaient capable de faire face à tout. Ils avaient bien de la chance ! Ce temps-là regorgeait de tyrans ordinaires. Après ces années merveilleuses d'abondance en tyrans ordinaires, les choses changèrent considérablement. Jamais les tyrans ordinaires n'accédèrent plus à cette dimension ... »
Excepté de nos jours, bien entendu. Au moment où Castaneda écrivait ces lignes, je suis sûre qu'il ne se doutait pas de ce qui allait arriver aujourd'hui.
« L'ingrédient parfait pour la réalisation d'un superbe Visionnaire est un tyran ordinaire aux prérogatives illimitées »
Nous disposons ainsi d'un indice qui nous permet de saisir où l'œuvre de Castaneda croise celle de Gurdjieff, et même de soupçonner que l'œuvre de Castaneda peut avoir été influencée par celle de Gurdjieff. Bien sûr Castaneda demande à Don Juan : « Est-ce qu'il arrive aux tyrans ordinaires de gagner, et de mettre en pièces votre manière de les aborder ? — Bien sûr !... » Et ceci fait référence aux temps de la Conquête :
« Il y a eu un temps où les guerriers tombaient comme des mouches, aux débuts de la Conquête. Leurs rangs furent décimés. Les tyrans ordinaires pouvaient mettre quelqu'un à mort par pur caprice. Sous ce type de pression, les libres Visionnaires touchèrent au sublime. Ce fut alors que les Visionnaires survivants durent s'exercer à la limite de leurs forces pour mettre au point des façons d'éviter d'être décimés »
Eh bien, nous pouvons apprendre de ceci ou bien choisir de l'ignorer, mais, franchement, en comparant ce que dont il s'agit avec Gurdjieff et ce qu'écrit Don Juan – ce qu'il dit, les mots qui lui sont attribués dans les écrits de Carlos Castaneda, qui, je crois, était influencé par Gurdjieff –, nous nous rendons compte que nous avons à faire à la même chose de nos jours. Don Juan dit :
« Les nouveaux Visionnaires utilisaient les tyrans ordinaires non seulement pour se débarrasser de leur suffisance, mais pour accomplir la manœuvre très sophistiquée de se déplacer hors de ce monde ».
Et ensuite Don Juan demande :
« Comment mesurez-vous la défaite ? Quiconque se rallie au tyran ordinaire est vaincu. Agir par colère, sans contrôle ni discipline, ne pas faire preuve de tolérance, c'est être vaincu »
C'est ce que nous constatons dans une large mesure au sujet du « mouvement pour la vérité sur le 11 septembre », dans les mouvements pacifistes, et dans les divers mouvements révolutionnaires. Je pense que c'est quelque chose que Gurdjieff avait lui-même constaté, et qu'il disait quand il communiquait avec ces « révolutionnaires ». Remarquez bien qu'il est écrit « Agir par colère, sans contrôle ni discipline » : il n'est pas dit que vous ne devez jamais agir par colère. De toute évidence, la colère nourrit vos actions. Vous devez la ressentir. |
Henry |
Comment pouvez vous assister à ce qui se passe dans le monde... |
Henry ET Laura |
... et ne pas éprouver de la colère ? |
Laura |
Mais vous devez agir avec maîtrise et discipline. Et tolérance. Vous devez éprouver de la colère, et vous devez agir, vous devez faire quelque chose, vous devez avoir un objectif. C'est l'essence véritable d'un travail sur la Quatrième Voie. C'était la Quatrième Voie de Gurdjieff : il l'appelait la « Quatrième Voie ». Parce qu'il avait un objectif précis : aider les gens à surmonter l'hypnose de masse qui conduit à la destruction de cette Terre. Ce jour même, notre époque, est le moment d'un nouveau genre de travail de Quatrième Voie. |
Joe |
Ce que Castaneda et Gurdjieff ont tous les deux remarqué est qu'il est essentiel de comprendre la nature humaine. Et la nature humaine comprend toute la nature humaine, et toutes les natures qui ne sont pas nécessairement humaines[3]. Cela évoque notre travail sur la psychopathie. Il est essentiel de comprendre l'ennemi si vous devez entreprendre quelque combat que ce soit. Et aussi cette idée du « moment juste » : ne pas répondre avec impulsivité sous le coup de la colère en s'exposant à être vaincu d'avance. Comprendre la nature humaine a un rapport direct avec cette idée du « moment juste », et de comment, quand et de quelle manière vous réagissez. |
Laura |
Tout à fait. Et lorsque vous observez comment Gurdjieff décrit un travail de « Quatrième voie », comment il décrit ses propres actes, il dit qu'un travail de Quatrième Voie survient uniquement dans les périodes de l'Histoire où il existe un objectif précis, et autour de cet objectif, un groupe de personnes qui le partagent, qui ont un but. C'est l'essence du travail sur la « Quatrième Voie ». Maintenant, dans le cas de Gurdjieff, il nous dit très clairement quels étaient ses buts, ce que les écoles de la « Quatrième Voie » qui existent aujourd'hui ne voient pas : la nécessité dans laquelle nous sommes d'utiliser ce cadeau qu'est ce merveilleux tyran ordinaire sur notre planète. Ses buts étaient :
« d'investiguer sous toutes ses facettes, et de comprendre, la signification et le but exacts de la vie de l'homme », et « découvrir à tout prix une manière, un moyen de détruire dans les gens cette prédilection pour la suggestibilité qui les conduit à tomber aisément sous l'influence de l'hypnose de masse ».
C'est exactement le travail que nous avons entrepris. Ces deux buts ont été nos buts premiers depuis le tout début. Et je dois dire que dans mon propre cas, j'ai commencé par le premier que Gurdjieff a énoncé, à savoir :
« d'investiguer sous toutes ses facettes, et de comprendre, la signification et le but exacts de la vie de l'homme ».
Et c'est uniquement grâce à cela, et grâce à mon utilisation de l'hypnose – là aussi très similaire à celle de Gurdjieff –, et probablement à une nature médiumnique – je ne prétends pas être une grande médium, même si je communique avec « moi dans le futur », mais j'utilise cela de manière scientifique pour obtenir des informations ; en faisant cela j'ai été ensuite conduite, grâce à cette activité de communiquer avec « moi dans le futur », à ce second objectif : découvrir une manière d'éveiller les gens, de détruire cette propension de l'hypnose de masse à les contrôler et les influencer. |
Joe |
Comme tu l'as mentionné, il y a clairement une relation directe entre ces deux buts de Gurdjieff, l'intérieur et l'extérieur, le premier des deux étant de comprendre la nature humaine. Et pour un homme ou une femme, comprendre la nature humaine commence avec eux-mêmes. Et le second est que, ayant compris cela, ayant fait des progrès de compréhension de soi-même et des autres, d'essayer de trouver un moyen de résoudre les problèmes évidents dans la perspective du genre de travail que tu as mentionné – ce travail que nous avons engagé, Travail avec un grand « T » : ce travail intérieur de venir à bout de la suffisance. C'est exactement la même chose qu'une bataille, que de se lancer dans une bataille : un combat avec vous-mêmes. Parce que cette partie de vous que le Don Juan de Castaneda appelle « l'esprit du prédateur » est la proie de précisément les mêmes tendances que vous trouvez chez le tyran ordinaire extérieur : l'égocentrisme, la mesquinerie, la dispersion – au fond la suffisance et l'égocentrisme en vous sont de la même sorte que ce que vous voyez chez les gens qui sont à l'origine des problèmes de la planète, qui sont la plaie de l'humanité. Une fois que vous êtes engagés dans ce travail sur vous-mêmes pour venir à bout de cela, de votre propre tyran ordinaire intérieur, alors vous devenez capable, vous avez les compétences et l'expérience nécessaires pour combattre efficacement les tyrans ordinaires extérieurs. |
Henry |
On constate avec le mouvement du 11 septembre que c'est cet aspect intérieur qui fait défaut. Il y a là tout un ensemble de personnes qui ont bien vu qu'une hypnose de masse était en jeu, qui peuvent voir les problèmes, mais qui parce qu'ils ne travaillent pas sur eux-mêmes, le « mouvement de vérité sur le 11 septembre »... |
Joe |
Ils n'ont pas les compétences... |
Henry |
Ils n'ont pas les compétences, et le mouvement est la proie des discordes et des problèmes qu'entraîne la suffisance. |
Joe |
C'est une tendance qu'ils doivent surmonter en eux-mêmes, qui est la cause qu'ils sont trompés par des forces externes. |
Henry |
Exactement ! |
Joe |
Comme Don Juan le dit, ils sont vaincus avant d'avoir commencé. |
Henry |
Donc si vous ne commencez pas par extirper ces aspects de vous-mêmes, alors des forces externes se liguent contre vous à travers eux. C'est pourquoi vous devez vous en débarrasser. |
Joe |
Vous devenez alors comme l'agneau conduit à l'abattoir : susceptibles d'être contrés, d'être la proie de votre suffisance. Si vous ne vous êtes pas occupé de l'appel de votre ego, si vous ne l'avez pas surmonté, vous êtes perdu ! |
Henry |
Nous avons vu cela arriver à... |
Joe |
Tout le monde ! |
Henry |
A tout le monde. |
Joe |
Ils sont tellement impliqués et préoccupés par l'évidence de la suffisance, de l'intérêt de soi, de l'ego, qu'ils ne servent personne. Ils ne servent pas l'Humanité. Ils se servent eux-mêmes. |
Laura |
Permettez-moi de rendre cela un peu plus vivant, si je peux parler de rendre cela « vivant » : j'ai reçu d'un membre le compte-rendu de son expérience avec un groupe Gurdjieff. Et pour en donner un aperçu aux gens, ce que font beaucoup d'entre eux c'est qu'alors même qu'ils prétendre suivre la « Quatrième Voie », ils ne semblent pas avoir les mêmes objectifs « urgents » et « inatteignables » que Gurdjieff. Il m'écrit :
« J'ai été au stage proposé par les « gurdjieffiens » locaux. Ils ne se préoccupent pas de l'horreur externe de la situation globale, mais j'ai quand même posé les pierres d'un parking, enlevé les vielles pierres – j'ai effectué ce travail difficile sous un soleil de plomb, et c'était bien. J'ai fait la vaisselle, mis le couvert, et fait toutes sortes de choses qui sont bonnes pour l'âme... Il y a chez ces gens de la bonne volonté à l'égard du prochain, et cela crée une atmosphère favorable aux émotions, ce qui est bien aussi. Mais j'ai remarqué que le stress constant réduit leur champ ; et j'ai commencé à ressentir du souci et de la compassion pour le monde, qui sont des émotions dissociées en normales circonstances ».
Il poursuit :
« Il y a une influence qu'on peut sentir : recevoir crée une pulsion de responsabilité et un désir de rendre. Il est cependant pénible de sentir que le besoin d'une corvée consciente est connu de ces gens, mais qu'il y a une érosion, un fractionnement, une décroissance de colinéarité entre les dirigeants, et ils le savent eux-mêmes : il y a là de l'entropie. Et il n'est pas évident de remédier à cela, si c'est possible. Il existe bien une dynamique de groupe. Un participant a fait part de sa vision d'être partie intégrante d'une structure semblable à un cristal de glace – quelque chose qui se formerait en dépit même de nos ego, un complexe socio mnémonique, pour parler comme Ra[4]. Il y a bien quelque chose, la formation de quelque chose, qui vient du fait que des gens se rassemblent pour travailler : oui, il se pourrait bien qu'il y ait quelque chose de ce genre, au moins momentanément. Mais c'est hors de portée ».
Il dit ensuite :
« Il est presque embarrassant d'être le témoin de problèmes de communication même entre les personnes les plus âgées de ce groupe. Parfois on travaille, parfois on est travaillé. Est-ce par grâce, est-ce par mérite ? »
Et encore :
« Ces gurdjieffiens parlent beaucoup de la « présence », d' « être dans le corps », de « sentir ». Il existe aussi des gurdjieffiens plus intellectuels, c'est la branche de Mme de Saltzmann et de Jean-Claude Lubtchansky ».
Puis il poursuit :
« L'accent est particulièrement mis sur l'expérience, le ressenti, l'attention portée, la discipline intérieure dans le sens de rassembler les parties – non dans le sens de les châtier. C'est une distinction subtile. Il est sous-entendu que la théorie est connue, et donc le groupe parle de personnes précises et d'expériences concrètes. Il y avait là à peu près soixante dix personnes, dont la moitié étaient des participants de longue date, de plus de vingt ans, tous occupant cette grande ferme, bel et spacieux endroit offrant de nombreuses chambres capables d'accommoder un tel nombre de gens. La durée était de huit jours. Lever à six heures ; méditation de groupe à sept ; travail physique ; repas ; groupe ; mouvements ; dîner ; fin aux alentours de minuit sur un « sitting » : ils n'en parlaient pas comme d'une « méditation », même si les gens se tenaient les jambes croisées, en silence, sur des coussins. Parfois ils lisent des ouvrages de travail, parfois s'adonnent à d'autres activités en commun : exercices et démonstrations de chant choral, cuisine, ménage, baignades dans la rivière. Les journées sont longues, mais en rien cruelles, ni n'amenant les gens à dépasser leurs limites ».
Cela ne donne pas du tout l'impression de produire quoique ce soit qui ressemble à l'expérience de Gurdjieff lui même, ou aux Visionnaires de la Conquête, ou à ce que nous pouvons tous accomplir si nous utilisons convenablement nos tyrans ordinaires d'aujourd'hui. |
Henry |
Pour terminer cette semaine, j'aimerais revenir sur quelque chose que Laura a mentionné la semaine dernière, à savoir la date de l'expérience vécue par Gurdjieff à la frontière du désert de Gobi, et ensuite de ses expériences, quelque trente ans plus tard, alors qu'il entreprenait d'écrire La vie est réelle... Cette date du six novembre était également pleine de sens pour lui parce que en mille neuf cent vingt sept, ce fut la date à laquelle il termina d'écrire le premier jet de All and Everything. Et dans le livre Le Combat des Magiciens[5], William Paterson écrit :
« Après trois ans d'efforts, Gurdjieff termine le premier jet de « All and Everything ». Pour s'apercevoir alors seulement que pour une personne qui n'aura pas été associée à lui, le livre resterait incompréhensible. « All and Everything » est son « légoménisme[6] » , destiné à être complété et compris à une date ultérieure. C'est le dernier moyen qu'il ait d'achever sa mission. Et il est illisible. Le choc de tout l'effort intentionnel qu'il avait fourni depuis son accident de voiture – survenu en mille neuf cent vingt quatre –, et la pensée d'avoir maintenant à réécrire le livre entièrement le dépouillent soudainement de la seule chose à laquelle il n'a jamais failli : se rappeler soi-même. Gurdjieff n'a désormais plus l'appréhension complète de lui-même dans son entièreté. Il n'y a rien à faire d'autre que de tout reprendre depuis le départ. Mais sa santé est mauvaise. Il a ce pressentiment que le temps va lui faire défaut. Il est aux prises avec l'idée du suicide. Gurdjieff se trouve probablement au point le plus bas de son existence. Se libérant enfin de ces sombres pensées, il décide d'entreprendre de réécrire « All and Everything ». C'est un jour important pour d'autres raisons également. Orage et Jessie Dwight... »
Orage était un des principaux compagnons de Gurdjieff et quelqu'un avec qui Gurdjieff avait travaillé de manière très proche. Il lui avait confié la responsabilité de l'œuvre aux Etats-Unis. Il dit donc :
« C'est un jour important pour d'autres raisons également. Orage et Jessie Dwight sont en Angleterre pour s'occuper de son[7] divorce d'avec sa femme Jane Walker. Ce jour-là, ce divorce devient définitif. Orage promet à Gurdjieff que lorsque le divorce sera prononcé, il viendra au Prieuré, en France. Au lieu de cela, Orage envoie à Gurdjieff un télégramme lui annonçant que lui et Jessie reprennent le bateau pour New-York. C'est un moment clé de la vie d'Orage, une vraie bifurcation – parce qu'il a permis à Jessie de l'influencer et de rompre la parole qu'il avait donnée à son professeur ».
Un autre point que Paterson aborde dans son livre est la différence qui a existé entre Ouspensky et Gurdjieff – une différence importante. Quand la deuxième guerre mondiale éclata, Ouspensky prit la fuite et déménagea pour la sécurité que lui offrait une ferme qui lui était proposée dans le New Jersey, aux États-Unis. En faisant cela, il laissait quelque mille élèves, seuls face aux conséquences de la guerre en Angleterre. Et Paterson rappelle que Gurdjieff, quand il quitta la Russie, où qu'il déménage, emmenait avec lui ceux de ses élèves qui le souhaitaient. Il se sentait responsable d'eux, les nourrissait, les vêtait, les logeait. Et cela nous dit quelque chose de très important sur Gurdjieff et sur son objectif. |
Joe |
Ce que cela me dit est que la vie de Gurdjieff a été assez difficile, comme tu l'as mentionné. Il était conduit par ce désir ardent de savoir et de comprendre les vérités profondes dans des situations qui étaient très difficiles, et qui en retour ont cristallisé en lui une compréhension de la nature de la vie. Ce qui ne fut pas une promenade de santé. Et quoi faire à son propos, ce qui à son tour le conduit à un travail intérieur. Puis d'essayer de comprendre comment il pourrait au fond transmettre cela à l'Humanité. Il parlait alors de cette « hypnose de masse », qui n'est pas un terme innocent. On peut y lire que Gurdjieff comprenait qu'il ne s'agissait pas d'une hypnose bienveillante, mais plutôt d'une situation où les masses humaines étaient trompées et hypnotisées pour leur propre perte.
C'est la seule explication vraiment logique au pourquoi Gurdjieff a été conduit plus tard dans sa vie à entreprendre tant d'efforts pour transmettre cette compréhension et ce travail, cette compréhension de la nature humaine, et des problèmes de la nature humaine, de la vie, au plus grand nombre de gens possible. Et il fonde une école en France, et une en Amérique. C'était une tâche impossible, que d'essayer de transmettre cela à des gens ordinaires. Il s'en rendait sûrement compte, mais ça ne l'a pas empêché de le faire. Il a dû voir quelque chose d'extrêmement négatif au sujet de la nature de la vie sur Terre, sur la nature de l'humanité, ce vers quoi elle va, son futur. Et il parle du futur, d'un moment précis dans le temps où le besoin se fera jour d'un groupe de gens qui devront se former, et prendre la dimension de ce besoin. Tout cela évoque pour moi le caractère extrêmement sérieux de ce que Gurdjieff a compris de la vie. |
Henry |
Un des moyens de vous former vient de la manière que vous avez de regarder la souffrance. S'il y a une seule chose de claire dans ce court résumé que nous avons donné de la vie de Gurdjieff, c'est qu'il est passé par un grand nombre de souffrances, et qu'il a vu une énorme quantité de souffrance dans le monde. Lorsque le six novembre Orage ne se rendit pas au Prieuré, et prit la décision de repartir avec sa jeune femme pour New-York, Gurdjieff lui écrivit une lettre dont le sujet était la souffrance. Et il explique dans la lettre la différence entre la souffrance volontaire, et la souffrance intentionnelle :
« La souffrance existe : vous ne serez pas capable de l'éviter. Ce que vous devez comprendre, c'est que vous pouvez choisir votre souffrance ; et en la choisissant, vous commencez alors à construire ce « corps intérieur » qui vous alignera sur la vérité. Le choix vous appartient. »
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Joe |
Voilà. Nous espérons que cela répond aux questions des membres de notre forum et de nos lecteurs. Comme Henry l'a dit, si vous avez d'autres questions, ou d'autres sujets que vous souhaitez que nous abordions, essayez d'être un peu plus précis : si vous êtes intéressé par quelque chose en particulier. Là-dessus, nous allons vous laisser, et vous disons à la semaine prochaine ! |
[2] « In Search of the Miraculous », littéralement « A la recherche du miraculeux », est le titre de ce livre en Anglais (NdT)
[4] Fait référence à The Law of One (The Ra material) (NdA – Scott)
[5] Struggle of the Magicians
[6] Néologisme dû à Gurdjieff lui-même décrivant « une sagesse antique transmise de manière cachée sous la guise d'une forme ostensiblement destinée à convier autre chose » - une façon de parler du « Travail » à travers musique, art, littérature, etc. (NdA – Scott)
[7] « son » : celui d'Orage (NdT)
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